Giovanni Desperati

Cet article n'a pas pour but de faire l'éloge de la contrefaçon en philatélie, ou dans tout autre domaine. Mais l'histoire du plus célèbre faussaire philatélique de l'Histoire étant digne d'un roman, mettons-la simplement en scène sur ce site...

Aucun jugement de valeur n'est porté sur les personnes citées ou évoquées dans cet article, seul l'intérêt historique est mis en avant. Toute personne qui souhaiterait une modification des termes employés est remerciée par avance de me l'indiquer, je modifierais l'article en ce sens.

Qui était donc Jean de Sperati ?jean-de-sperati.jpg

 

 

 

 

D'origine italienne, Jean de Sperati, francisation en 1909 de Giovanni Desperati, naquit le 14 octobre 1884 à Pise (ou à Pistoia), en Toscane, région italienne en tout cas. Il décéda le 27 avril 1957 à Aix-les-Bains (France), où il s'était installé ving-sept ans plus tôt.

Son père était comptable à l'usine, on ne peut pas dire que ce fut le métier de papa qui fit de lui ce qu'il devint (ou alors pour le côté financier peut-être).

Non, il faut regarder du côté maternel et fraternel : en effet, sa "mama" et ses deux frères vendaient des timbres de collection dans une boutique dénommée "Borsa Filatelica Toscana". Un journal philatélique était édité par la famille, le "San Marino".

Quoi d'anormal jusque-là, me direz-vous ?

Hé bien, ces timbres étaient tous faux !

En outre, l'un de ses frères était photographe, ce qui a son importance pour la suite...

Dans la famille Desperati, je demande le cousin, ouvrier papetier de son état, qui transmit au petit Jean sa maîtrise du papier.

Mère et frères négociants en timbres, l'un des frères photographe, le cousin papetier : l'entourage était propice à développer la "passion" du timbre pour Giovanni.

Même aux environs de 1900, la vente de faux timbres était punissable et ayant subi une perquisition policière, les Desperati furent contraints de déménager à Lucca, Pise, Turin puis de partir d'Italie pour la France et Paris.

Commença alors réellement l'entreprise de contrefaçon de M. De Sperati. Jean Cividini, marchand de timbres peu scrupuleux lui demanda en effet de reproduire le timbre de la Côte de l'or britannique (peut-être celui ci-dessous, si un cher lecteur a des informations plus précises, je suis preneur, merci d'avance !).

Une fois le timbre réalisé, M. Cidivini sollicita l'expertise du berlinois Max Their.

Et là, bonne surprise, si je puis dire (!), le timbre fut déclaré...authentique !

L'expert berlinois renforça évidemment la confiance qu'avait Jean de Sperati en ces compétences de faussaire et il se mit donc à créer des faux timbres de la période classique, à forte cote de préférence.

Il alimenta ainsi le marché de la contrefaçon, vendant ses créations à des acheteurs qui, une fois ces timbres expertisés, les revendaient au meilleur prix !

La technique utilisée par le contrefacteur était la phototypie qui consistait en la reproduction, par la photographie et l'imprimerie (merci au frangin et au cousin !), de la lithographie et de la taille-douce, les deux procédés officiels d'impression de l'époque.

Ayant déjà une activité florissante mais souhaitant la tranquillité, il partit s'installer à Aix-les-Bains. Son épouse et sa fille l'accompagnèrent.

Comme le dit le dicton, "le malheur des uns faisant le bonheur des autres", les commandes connurent une forte hausse durant la Seconde guerre mondiale car il était évidemment plus facile de cacher un timbre qu'un bon saucisson de marché noir !

Mais durant cette période particulièrement troublée dont on peut croire que l'Administration ne fonctionnait pas très efficacement, De Sperati tomba sur un os : il expédia un colis de faux timbres rares allemands à Lisbonne. Hélas pour lui, ce colis fut saisi par les douanes françaises.

Pris à son propre jeu, De Sperati fut soupçonné et accusé par les Douanes de tentative de fraude et d'évasion fiscales !

Le faussaire se défendit en les déclarant faux mais un expert criminologue, Edmond Locard, également directeur de la police lyonnaise et collectionneur lui-même,  authentifia ces timbres dans un rapport du 4 janvier 1944 et évalua le colis à plus de 223.000 francs (de l'époque !).

L'amende douanière que risquait De Sperati, exhorbitante, força ce dernier à présenter au tribunal ses techniques de faussaire.

Il fut ainsi acquitté de la tentative de fraude fiscale mais condamné à payer une amende pour avoir contraint les douaniers à tant de procédures.

Son passé le rattrapa en 1952 et il fut jugé et condamné à deux ans de prison pour la production de faux timbres de collection et escroquerie. Ses 68 printemps lui permirent d'échapper au passage derrière les barreaux.

Que devinrent ses créations ?

En 1954, la British Philatelic Association (BPA) en acheta une partie. Les timbres de Sperati étant déjà marqués par ses soins et son matériel détruit, la BPA n'avait plus qu'à les numéroter.

Il faut savoir que les timbres du célèbre faussaire font l'objet de collections et d'achat/vente en toute connaissance de cause.

Voulant transmettre ses connaissances, Jean de Sperati écrivit deux livres dont seul fut publié "La philatélie sans experts" en 1946, 124 pages, et le second, resté à l'état de "brouillon", fut "La méthode complète de la philatélie d'art", manuscrit dont subsistent des rares exemplaires et copies.

Commentaires (2)

1. NEJJAR 30/01/2016

Bonjour,si vous cherchez toujours le timbre de cote d'or ,contactez moi.

2. lucette BLANC GIRARDET 17/09/2014

Bonjour,
si vous voulez bien me transmettre votre adresse, je vous ferai parvenir le livre que j'ai écrit sur Sperati. J'ai mis 6 ans à réunir les documents, les témoignages. J'ai retrouvé sa fille qui m'a permis d'utiliser des archives familiales, je suis allée en Italie, en Angleterre, en Suisse et dans les tribunaux français chercher "la vérité" et rien de ce qui est écrit n'a pas été vérifié. J'ai même pour ce travail reçu un prix d'honneur et un prix et un prix vermeil avec félicitations du jurry à l'exposition de Toronto en 2005. Ceci atteste du sérieux de mon travail.
c'est avec plaisir que je vous en ferai parvenir un exemplaire
cordialement
Lucette Blanc Girardet

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